Théories du cinéma et sens commun
Paru dans CiNéMAS vol. 17 n°2-3 "La théorie du cinéma enfin en crise", Roger Odin dir., Montréal, printemps 2007.
http://www.r
evue-cinemas.umontreal.ca/index.htm
La question mimétique – les images représentent-elles ou non le monde ? jusqu’où et quand peut-on se fier à elles ? – n’a cessé de hanter les théoriciens de cinéma. Comme dans le champ de la littérature, on peut voir se développer au fil des ans une querelle entre le sens commun et les concepts élaborés par les chercheurs. Au lieu de décider qui a raison, il s’agit ici de faire quelques remarques d’ordre épistémologique. L’exemple des machines numériques a été choisi pour donner une idée des enjeux de la querelle. En effet, l’avènement de ces machines a remis à la mode dans l’espace public la question mimétique. conception et dans la réceptiodans la conception et dans la réception. Mais pourquoi le cinéma du shot/reaction shot et de la « théorie des dominos » serait-il mauvais par essence ?
Points de vue/Esthétique des images animées
« Ce livre collectif
dresse un état des savoirs sur l’analyse des images et propose des démarches méthodologiques qui aideront le lecteur à jeter des ponts ».
(1) Article « Points de
vue ». Le PDV réel du spectateur, depuis lequel son corps traite les
stimuli visuels et auditifs fournis par le film ; le PDV optique induit par la
caméra, ainsi que le point d'écoute formé par les sons et leur mixage.
Analisi e generi
Paru dans Close Up/Storie della visione, vol. XI n°21, "La funzione dei generi nel cinema contemporaneo", Kaplan, Turin, mars-juin 2007.
Interview
par Simone Arcagni à propos de la notion de genre. Est-elle
toujours valable dans le "grand chaudron" postmoderne ? Ne vaut-il pas
mieux réserver la notion de "style" à l'analyse et celle
de "genre" à l'usage ?
Paru dans : Essays on Luc Besson Master of spectacle,
Susan Hayward and Phil Powrie, dir.
This fascinating collection looks at the career and films of Luc
Besson, one of the most acclaimed figures in international cinema.
Contributions have been assembled from all over the world, and their different
approaches reflect this geographical diversity. Films covered range from
Besson's first feature, Le Dernier Combat, to the international blockbusters
The Fifth Element and Joan of Arc. The essays range from looking at costume
design to musical scores, and the final chapter offers a transcript of a
previously unpublished interview with the man himself.
Paru dans Esprit n°319, novembre 2006, pp. 192-199.
http://www.esprit.presse.fr/review/article.php?code=13782
Résumé. Dans le Questionnaire de Sophie Calle et
Grégoire Bouillier paru dans
les Inrockuptibles deux ans
durant, il est intéressant de relever quelques tendances fortes dans les réponses, surtout lorsqu’elles
entrent en résonance avec deux approches sociologiques françaises récentes du
métier d’artiste, celle de Nathalie Heinich et celle de Pierre-Michel Menger,
tous deux ayant publié en 2005 un livre sur la question. A moins qu’une
troisième voie de lecture, anthropologique celle-là, vienne brouiller un peu la
dialectique qui semblait se dessiner.
Esthétique du cinéma et relations de cause à effet
Paru dans CiNéMAS vol. 14 n°1 "Cinélekta 5", Montréal, février 2006.
http://www.revue-cinemas.umontreal.ca/index.htm
Il est d’usage, dans la critique moderniste de l’art, de
dénigrer les relations de cause à effet aux deux bouts de la chaîne esth
étique,
dans la conception et dans la réception. Mais pourquoi le cinéma du shot/reaction
shot et de la « théorie des
dominos » serait-il mauvais par essence ? Pourquoi devrait-on se
sentir honteux, depuis Adorno, de valoriser un film parce qu’il a causé du plaisir ou que sa « valeur d’usage »
comprend une certaine utilité ?
Il s’agit ici de lutter contre ce type de préjugés, notamment en montrant qu’on
a affaire à des idées non-universalisables, produites au sein de champs
socio-historiques particuliers, et valorisant une certaine forme
d’irrationalisme.
Images du saut périlleux, de Singin'in the rain à l'âge numérique
Paru Drôle d'époque n°17: "Topologies du sport", décembre 2005, pp. 57-66.
http://www.revuedroledepoque.com
Résumé.Le saut périlleux, en dépit de l’adjectif intimidant que
comprend son nom, n’est pas de ces figures totalement inaccessibles qu’un
entraînement sévère et des dons particuliers réservent à de rares élus. Il
appartient d’abord à l’enfance : voir Donald
O’Connor dans Singin’ in the rain,
Debbie Reynolds dans I love Melvin,
ou Björk dans It’s oh so quiet.
Le règne des manipulations numériques y change-t-il quelque chose ? Les images du
sport ont-elles remplacé sa réalité ? A qui penserait encore que s’imbiber
à trop forte dose d’images (que l’on soupçonne d’être truquées) transforme en couch
potato ou en voyeur incapable de passer à
l’acte, une visite s’impose sur le forum de discussions que
www.capoeira-france.com dédie exclusivement au salto.
Paru dans Esprit n°319, novembre 2005.
http://www.esprit.presse.fr/cemoisci/abstract.cfm?id_numero=204&id_sommaire=6452
Résumé. Quelles sont les raisons d’agir de la critique de cinéma ? Pour esquisser quelques
manières possibles de répondre à cette question, trois voies seront suivies. La
première s'appuie sur les travaux du sociologue Raymond Boudon ; elle part
du présupposé selon lequel les raisons d'aimer sont formulables, soit par
ceux-là mêmes qui rendent public leur jugement, soit à tout le moins par un
observateur extérieur. La deuxième s'inspire des travaux du philosophe allemand
Alfred Baeumler sur la naissance de l'esthétique au XVIIIè siècle ; elle
illustre l'option contraire à la précédente, c'est-à-dire l'irrationalisme, selon lequel il est vain de chercher à
exposer clairement ces fameuses raisons d'aimer parce qu'elles s'y
rebelleraient par essence.. Enfin, la troisième voie concerne les cas les plus
difficiles, les cas où le critique n’argumente absolument pas ses choix, ni
dans le sens de la raison, ni dans celui du caprice. Elle empruntera à
l’anthropologie de J.-M. Leveratto l’idée d’une tribu
fédérée (sinon parfois constituée) par des totems en forme de films.
MEcrit à partir d’une communication au colloque
“For ever Godard”, Londres (Tate Modern), juin 2001. Paru en août 2004 dans les
actes du colloque, For ever Godard,
chez Blackdog Publishing, Londres, M. Temple, J. Williams & M. Witt eds.
Résumé. Après avoir fait le point
sur trois questions théoriques (l’étiquette post-moderne, la tonalité, l’objet
phonographique), l’article traite de l’édition en CD sur le label ECM de Nouvelle
vague et des Histoire(s)
du cinéma.
Le
son, dans son rapport à la faillite des Grands Récits
dans l’horreur des camps,
est encore plus innocent, plus virginal dans l’optique de Godard,
que
l’image-cinéma (qui a failli à la tâche
d’empêcher cette horreur et même à
celle de l’enregistrer) - d’où la prime de
séduction qu’il y a à consommer les
films sur CD, séparés d’une image entachée
de soupçon. Même lorsqu’il s’affiche
comme trace analogique, l’enregistrement sonore ne semble chez
Godard ne
renvoyer qu’aux imperfections de la machine, pas au
“prélèvement” effectué sur
le réel - dès lors, tout enregistrement ECM, qui se donne
d’emblée comme objet
phonographique construit, ne peut que s’intégrer dans
cette logique apparente.
Ecrit en 2004. Paru dans Copyright Volume ! hors-série n°1 "Rock & cinéma", François Ribac dir., Ed. Mélanie Séteun, Clermond-Ferrand, août 2004, pp. 87-92.
Résumé.
A propos du vidéoclip Come to daddy réalisé par Chris Cunningham
pour Aphex
Twin. Comment tous les clichés visuels et musicaux que les
critiques
« sérieux » adressent à
l’audiovisuel postmoderne sont démontés un à
un. La vulgarité de l’hédonisme, la bêtise de
l’ironie cool, les mélopées doucereuses que la musique
populaire en tant qu’industrie du narcotique (Nietzsche) excelle à distiller, tout passe à
la trappe. A la place, une proposition d’expérience sensible, une invitation à
globaliser le flux sonore pour goûter enfin à l’ineffable du son musical.
L’écran rose
L’image pornographique, une image déplacée ?
Ecrit
en 2003. Paru dans Esprit n°291, mars-avril 2003.
Résumé. L'imagerie pornographique
semble usuellement décourager le discours, qu'elle provoque un
effet de
sidération devant lequel les mots manquent, ou bien qu'elle cause un rejet qui
clôt toute discussion. Pour faire la différence entre pornographie, érotisme et
obscénité, il semble donc que la voie la plus prudente consiste à partir du
point depuis lequel l'image est regardée. Après avoir posé trois définitions,
l’article aborde le début public autour de cette question. Les censeurs
affirment que le porno télévisé est une menace - ils sont conséquentialistes -,
face aux effaceurs qui le comparent à l'eau sur les plumes d'un oiseau, voulant
en faire en objet comme les autres, éventuellement rangeable dans le champ
artistique. Les arguments des deux camps sont analysés. Quels sont les risques,
se demande-t-on enfin, que peuvent faire courir à certaines catégories de
spectateurs - les adolescents, par exemple - la banalisation du spectacle
pornographique (non le spectacle à lui seul) ? La conclusion de l’article
commente les propositions du rapport Kriegel.
Base d’une communication au colloque « Le
CinemaScope, ses origines et son héritage/ CinemaScope, its origins and its
legacy », La Sorbonne, décembre 2002. Paru en 2003 dans "Le
CinémaScope entre art et industrie/CinemaScope between art and industry", AFRHC éd., J.-J. Meusy dir.
Résumé. Il s'agit de montrer le lien entre le format
1:2,35 et celui des systèmes de reproduction sonore multipistes. Ce lien a des
origines perceptivo-cognitives : le format scope correspond visuellement à
notre plan horizontal d'écoute, encore mieux qu'à notre champ visuel (qui n'est
pas aussi limité en hauteur). Dans un second temps, on observera que le rôle du
CinemaScope dans les superproductions postmodern
es n'est plus celui qu'il
devait jouer dans les années cinquante, et qu'il se retrouve aujourd'hui au
service d'un dispositif dont l'esprit a profondément évolué. Combiné à la
grande taille des écrans des multiplexes, le CinemaScope se retrouve en effet
en fer de lance d'une esthétique du feeling ou de la participation directe - un bain audiovisuel à même de provoquer des
sensations archaïques en sollicitant les processus bottom-up, la vison action oriented et son équivalent auditif - alors qu'il avait
été adopté comme un simple plus
au service d'une esthétique filmique de la participation indirecte
Devant les images de l'horreur
Ecrit
en 2002. Paru dans Esprit n°291, janvier 2003.
http://www.esprit.presse.fr/recherche/a
bstract.cfm?id_numero=145&id_sommaire=4626
Résumé. En matière de photographie,
croyance et compétence sont inégalement distribuées chez les spectateurs. Poser
les yeux sur une photographie se fait avec un minimum d’attentes contextuelles,
et un bagage qui détermine lecture génétique et lecture générique. La réflexion est
principalement illustrée par les clichés de cadavres de l'agence Magnum. La
puissance d'intervention
sociale de ces photographies atroces se heurte au
pré-réglage des
attitudes ; en quoi et chez agissent-elles
(performativement) ?
L’espace et l’époque auxquels nous les voyons
influent-ils ? Un autre
point à prendre en compte dans le cadre de l’étude
de cet éventuel effet est la
position (optique donc peu ou prou morale) de l'auteur appuyant sur le
déclencheur – car le photographe, qui le premier a
été confronté à l'événement,
nous montre l'exemple. Avec le photoreportage, l’autre cas envisagé est celui de la
photographie de la mort expressément faite dans un dessein artistique
(notamment chez Andres Serrano). Mais faut-il encore faire la différence ?
Dans le contexte postmoderne, les photographies d’horreurs, qu’elles
appartiennent à un genre ou l’autre, fictives ou non, sont toutes susceptibles
d’être happées par le regard dandy et la lontananza.
(De l'image du monde au monde des images/La
technique dans le cinéma français de 1960 à 2000, entre empreintes et calcul).
Ecrit avec Lucy Mazdon (partie
concernant les caméras Coutant) pour le livre collectif The French Cinema
Book, Michael Temple &
Michael Witt dir. Paru en 2004 à Londres aux éditions du British Film
Institute.
Résumé. En France, l'objectif des concepteurs de machines va d'abord
être de fournir la meilleure image-trace possible, suivant ce conseil que Bazin donnait aux
cinéastes, ne pas signifier mais rendre. Par la suite, arrivera une nouvelle génération qui, par le biais
des machines numériques, inversera la tendance : il ne s'agira plus pour eux de
rendre (un état du monde)
mais de le signifier. Pour
finir, une solution de conciliation des deux traditions se dessine avec
l'arrivée d'une génération de spectateurs qui développe une compétence dans la
lecture génétique de la programmation. L'article traite des inventions d'A.
Lamorrisse (l'Hélivision),
J.-P. Beauviala (l'Aäton's RTR), E. Löchen & P. Chédeville (le LC
Concept), J.-M. Lavalou &
A. Masseron (la Louma), et
des avancées des studios d'images de synthèse français (Mac Guff Ligne, Buf
Compagnie...). J.-P. Beauviala, ainsi
que des concepteurs d'images de synthèse,
ont répondu à mes questions au sujet d'une éventuelle spécificité française de
la technologie du cinéma.
Texte écrit à partir d’une communication au
colloque Archimédia “Théories & pratiques de restitution et de conservation
du son”, Bruxelles (ULB/Cinémathèque Royale), oct. 2000. Paru dans l’ouvrage
collectif Le son en perspective : nouvelles recherches/New Perspectives
in Sound Studies, Dominique
Nasta & Didier Huvelle dir., P.L.E./Peter Lang, Bruxelles, 2004, coll.
« Repenser le cinéma/Rethinking cinema » dir. par N. Nasta.
Commande de la revue ICONICS (Tokyo), éditée par la Japan Society of Image Arts & Sciences, Meiji Gakuin University – revue en japonais qui, tous les deux ans publie un numéro spécial trilingue avec deux chercheurs européens invités. Paru en mai 2004, Iconics vol. 7.
http://www.art.nihon-u.ac.jp/jasias/iconics-ie.html
Résumé. La physiologie post-darwinienne a construit
l’idée d’émergence,
constatant que confrontée à un problème biomécanique donné, l’évolution dispose
d’un éventail limité de
solutions... Le propos de cet article est d'adapter cette théorie aux grandes
lignes possibles du style au cinéma. Le dispositif dicte un certain nombre de
contingences à l’image cinématographique que les époques, les styles, les
réalisateurs, les courants théor
iques, les spectateurs ou les critiques groupés
en “tribus” amènent à la lumière, creusent, soulignent, fétichisent... etc.
Comme le dispositif est lui-même le produit de contingences propres au système
perceptivo-cognitif humain (ses variantes, du théâtre d’ombres à l’IMax,
montrant par ailleurs nombre de solutions convergentes), on est donc en droit d’espérer, en ce qui
concerne le choix de la discipline d'approche, une certaine coopération entre
l'esthétique et les sciences cognitives.
De
deux figures de l’avant-garde cinématographique après la révolution numérique
Paru dans CinémAction “Les trucages”, R. Hamus dir., janv. 2002.
Résumé. Dans quelle mesure les techniques numériques permettent-elles de réviser les concepts dégagés par des pionniers de l’avant-garde cinématographique ? Exemples de l’empreinte et des échantillons, au travers d’analyses d’œuvres d’Andy Warhol, Raphael Montañez Ortiz, Wolfgang Staehle, Christoph Girardet, et surtout d’Arnold Martin. Martin parle de la condition du spectateur percevant, et de la condition de l’homme agissant. Il dit littéralement le travail qu’il y a à faire pour jouer ces deux rôles, le montre du doigt, l’amène en pleine lumière. La question numérique devient totalement annexe : vieille idée de la supériorité de la fin sur les moyens.
.
Paru
dans l’ouvrage collectif I limiti della rappresentazione/Censura, visibile,
modi di rappresentazione nel cinema, L. Quaresima, A. Raengo & L. Vichi dir., Forum,
Udine (Italie) 2000. Texte écrit à partir d’une communication au V6ème Convegno
Internazionale di Studi sul Cinema : “I limiti della rappresentazione/ The
bounds of representation”, Univ. d’Udine, mars 1999.
Résumé. Dans le contexte des
avant-gardes européennes des années vingt, le cinéma répond en retard aux arts
plastiques. Les œuvres nées à cette occasion vont rester des expériences
relativement obscures et isolées. Trois séries de raisons peuvent être
envisagées pour expliquer cet avortement : 1. la confidentialité
(problèmes de médiatisation) ; 2. la place de la censure ; 3.
l’essence même du dispositif. L’image cinématographique s’insère en effet mal
dans le circuit de l’art parce qu’elle n’est pas un objet, et que l’immatériel,
dans les années vingt, n’est pas une tendance répertoriée. Le temps d’y arriver
et c’est la vidéo qui installera l’image animée dans les galeries et les
musées : le cinéma aura manqué son tour.
Paru dans l’ouvrage collectif Nouvelle
vague, nouveaux rivages/Permanences du récit au cinéma 1950-1970, J. Cléder & G. Mouëllec dir., Presses
Univ. de Rennes, oct. 2001. Texte écrit à partir d’une communication au
colloque “Nouvelle Vague, nouveaux rivages”, Univ. de Rennes II, mars 1999.
Résumé. Comparaison entre Les 400
coups et Le
grand bleu.
La mer, le héros mal dans sa peau... Parmi les vannes de liberté de tournage et
de narration qu’ouvre Les 400 coups, l’une consiste à donner au cinéaste le
loisir de
faire des pauses narratives à la faveur desquelles le rêve cinégraphique des
cinéastes impressionnistes français des années vingt va pouvoir se
réaliser : faire un cinéma pur, délivré de l’obligation de raconter. 11’13” de plans
déconnectés de l’enchaînement
causal des péripéties y flirtent avec ce qu’on
ose à peine qualifier, s’agissant de Truffaut, d’effet-clip. Or ce désir de
communiquer une expérience “directe” est un trait caractéristique du cinéma
post-moderne de l’immersion.
Paru dans Esprit n°268, octobre 2000.
http://www.esprit.presse.fr/recherche/abstract.cfm?id_numero=118&id_sommaire=3838
Résumé. L’article aborde le tabou des critères. Dans le champ de la critique cinématographique règne ce que Pierre Bourdieu appelle l’idéologie du goût naturel. Elle consiste pour le « connaisseur » à camoufler ses « stratégies de distinction » sous le masque de l’évidence logique ou du bon sens. Quels critères pourrait-on proposer ? Un bon film est original, cohérent, édifiant et émouvant. Cette liste décevante s’appuie fragilement sur une observation pragmatique : plus un film est cité souvent et en termes élogieux par les évaluateurs professionnels, plus il a plus de chances de convenir à ces quatre qualificatifs à la fois.
Paru dans l’ouvrage collectif Cinéma,
audiovisuel, nouveaux médias/ La convergence : un enjeu européen ?, S.-M. Peten, Fr. Sojcher & Y. Thiec dir.,
L’Harmattan, Paris, mai 2001. Texte écrit à partir d’une communication à
l’European Summer School “Quelle convergence pour quels médias ?/ What
convergence for which medias ?”, Turin, déc. 1998.
Résumé. Tous les efforts des pourvoyeurs de services infographiques
convergent vers un but : la production de fictions comprenant des figures reconnaissables -
humains ou créatures anthropomorphes -
, car l’espérance de gain la plus forte
se situe de ce côté. Animer un tyrannosaure n’est pas révolutionnaire ; il
s’agit seulement, une fois le kinéscopage achevé, d’une sorte de dessin animé
photoréaliste. En revanche, des modèles mentaux différents, chez les
concepteurs et chez les récepteurs, se mettent progressivement en place et
risquent de bouleverser les règles de production/réception relatives au
dispositif. Du modèle d’un art mortifère à base d’empreintes continues
immobilisées dans des supports périssables, on passe dans les esprits au modèle
de la peinture discontinue non obligatoirement matér
ialisée.
Paru dans Zéro de conduite (revue de l’Union Française du Film pour l’Enfance et la Jeunesse) n°36, 4ème trim. 1999, illustré de photos de Godzilla.

L’ère numérique : vers l’évanescence du
trucage
Paru dans 1895, revue de L’Association Française de
Recherches sur l’Histoire du Cinéma, n°27 : “Pour une histoire des trucages”,
Th. Lefebvre dir., sept. 1999.
Enthousiasme ! Travail de l’ouvrier, travail du cinéaste
Paru
dans l’ouvrage collectif , Dziga Vertov ou l’invention du réel, J.-P.
Esquenazi dir.,
L’Harmattan, Paris, novembre 1997. Texte écrit à partir d’une communication au
colloque “Dziga Vertov”, Univ. de Metz, mai 1996.
Résumé. Enthousiasme !
Paru dans l’ouvrage collectif Cinéma &
audiovisuel/ Nouvelles images, approches nouvelles, O. Bächler, Cl. Murcia & Fr. Vanoye dir.,
L’Harmattan, Paris, octobre 2000. Texte écrit à partir d’une communication au
1er colloque de l’AFECCAV, Cluny, sept. 1998.
Résumé. Problèmes de l’adaptation de l’enseignement théorique universitaire aux superproductions post-modernes. 1. Ne pas laisser de côté l’analyse classique, car ces films ne sont pas aussi radicalement étrangers à l’ancien cinéma quil n’y paraît. Ils se rangent au long d’un axe d’opposition qui va d’un pôle A composé de films construits et contrôlés avec le souci maniaque de la cohésion totale, à un pôle B composé d’une succession aléatoire de taches de couleurs devant laquelle il n’y a littéralement rien à dire. 2. Il me semble indispensable de faire connaître les machines de post-production numérique aux étudiants, et dans la mesure du possible de les leur faire utiliser, sous peine de les voir cèder à une sorte de fascination respectueuse (leçon de Wizard of Oz).
Paru dans l’ouvrage collectif Godard et le
métier d'artiste, G. Delavaud,
J.-P. Esquenazi & M.-Fr. Grange dir., L’Harmattan, avril 2001. Texte écrit
à partir d’une communication au colloque "Godard et le métier
d'artiste", Cerisy-la-Salle, août 1998.
Résumé. L’objectif est de mettre en lumière une partie des liens qui unissent technique, idéolo gie et esthétique dans le monde sonore des films de Godard. La première partie du texte décrit ces liens en les plaçant sous la bannière d’une volonté de travailler contre les règles classiques de fabrication d’une bande-son : la dictature du dispositif soustractif, la sélection des sons “vraisemblables” et le toilettage adoucissant de leur mixage, enfin l’imperméabilité des frontières diégétiques réglant leur distribution virtuelle. La seconde partie traite symétriquement d’une volonté de travailler pour construire quelque chose de neuf : une double narration efficace, une verticalité sous forme de couches mouvantes - travailler pour réussir en même temps à “jouir et avoir une idée” - entreprise impossible s’il en est.
Le spectacle de la violence
ou les brouillages du réel et de l'imaginaire
Ecrit avec le psychologue Francis Scherer, expert auprès des
tribunaux ; paru dans la revue Esprit n°248, déc. 1998.
http://www.esprit.presse.fr/recherche/abstract.cfm?id_numero=100&id_sommaire=3276
Résumé. Il y a une polémique ancienne entre les experts qui tentent de
démontrer que les fictions audio-visuelles prescrivent des comportements à
leurs spectateurs, et ceux qui pensent que les images ont perdu toute
crédibilité, donc tout pouvoir, tant leur présence se banalise et tant l’idée
s’est répandue que l’on pouvait facilement les truquer. Mais devant les images,
tous les spectateurs ne sont pas égaux : la relation qui s'établit entre
le spectateur et le film repose sur l'espace potentiel de jeu (Winnicott),
instance psychique éminemment variable selon les individus en tant qu’elle
vient des expériences de l'enfant. Force est également de constater que les
réalisateurs, lorsqu’ils convoquent la violence physique frontale dans des
films narratifs de consommatio
n courante, le font avec un formalisme ludique
qui ne les prédispose guère à en prévoir l’impact sur les spectateurs les plus
fragiles.
Pour une approche
cognitiviste des problèmes de réception audio-visuelle
Paru dans la revue Champs Culturels n°5, avril 1997, Dir. Gén. de l'Ens. & de
la Recherche, Pari
s.
Tiré de la
thèse. NB : cet article entretient la confusion entre une approche
cognitiviste textuelle &ag
rave; la Michel Colin (les scénarios possibles) et une
approche spectatorielle à la Torben Grodal (compréhension effective). Faille
corrigée dans le livre Cinéma & cognition.
Paru dans la
revue Champs Visuels n°1,
février 1996.
Résumé.
Le discrédit de la “métaphysique de la trace”
(Daney) affecte-t-il en retour l’ensemble des images documentaires ? Le
triomphe du mécanique aura paradoxalement réintroduit de l’humain dans le
rapport image/spectateur : la parole donnée par l’auteur qu’il a pris les
empreintes du monde.
Paru dans
l’ouvrage collectif La communication de l’information, J.-P. Esquenazi dir., L’Harmattan, Paris,
décembre 1996. Texte écrit à partir d’une communication au colloque “La
communication de l’information”, Univ. de Metz, mars 1
995.
Résumé. Trois solutions s’offren
t
aux reporters du J.T. comme aux consommateurs de n’importe quelle
marchandise : 1. prendre des images de référents qui leur sont donnés (marque visuelle :
utilisation du grand angle) ; 2. acheter des images de référents qui
leur sont vendus (marque : absence de regard-caméra) ; 3. voler des images de référents qui
leur sont refusés
(marques : téléobjectifs, mouvements hasardeux, faible degré d’iconicité). Il n’y a qu’un type d’image
sur les trois qui appelle à une conscience morale. Et encore. Les traces
télévisuelles affreuses, lynchages, noyades et autres agonies in vivo, appellent une consommation
publique sur le mode spectaculaire/plane, et c’est leur inhabitabilité même qui
les rend supportables.
Paru,
illustré de photogrammes de dessins animés, dans la revue Génériques n°4, Lyon, mai 1996. Le titre original était
“Dispositif et récit cinématographiques : les explications de Tex/
Didactique des manquements au code hollywoodien de la transparence dans les
dessins animés de Tex Avery”.
Résumé. Tex Avery s’est permis des effets narratifs et des interventions énonciatives dignes des démarches artistiques les plus ouvertement métadiscursives de la seconde moitié du siècle. Certains passages de ses œuvres signalent l’épuisement du cinéma de l’image-mouvement ; les écriteaux et avertissements divers qui envahissent le champ annoncent les mentions scriptura les chez Godard ; la causalité lâche de certains de ses récits, avec leurs pauses et leurs virages à cent quatre-vingt degrés, se retrouve dans la structure du film d’errance caractéristique de l’image-temps. En même temps qu’il explique dispositif et récit classiques en traitant la projection du film sur le mode de la représentation théâtrale, Tex Avery en constate la mort imminente ; il s’agit presque, en fait, d’une autopsie.
De la brièveté des plans sur MTV
Paru dans la
revue Champs Visuels n°3,
décembre 1996.
Résumé. La brièveté des plans sur MTV entraîne un mode de lecture de l’image en termes de sensation immédiate, différent de celui qu’appelle le cinéma nar ratif classique. Parallèle avec les “belles passantes” que le narrateur de la Recherche du temps perdu ne cesse de croire apercevoir.
La
distribution du savoir dans Monsieur Hire, films et roman
Paru dans la revue Focales n°3 : “Actes du colloque Georges Simenon
à l’écran”, avril 1995. Texte écrit à partir d’une communication au colloque
“Georges Simenon à l’écran”, Univ. de Nancy, novembre 1993.
Résumé. Ce qui rend
“cinématographique” l’écriture de Simenon semble être la façon particulière
qu’a l’auteur de distribuer le savoir à son lecteur, en s’appuyant sur trois choix
formels : 1. un dé
;coupage en chapitres et sous-chapitres qui met l’accent
sur les changements de témoins ; 2. des descriptions de faits et de percepts
davantage que des chaînes cognitives ; 3. dans Les Fiançailles de Monsieur
Hire, le
choix d’un personnage principal qui se comporte comme une machine
d’enregistrement. Les deux cinéastes qui adapteront l’histoire de M. Hire se
conformeront cependant peu à cette stratégie. Leur parti de construire un
narrateur omniscient et celui d’ajouter un coup de théâtre final connotent
l’image de l’auteur jouant avec son spectateur (divertissement policier), tandis
que Simenon avait choisi la voie du constat où la chaîne causale des événements
se déroule froidement pour un lecteur prévenu.
Une leçon de Weekend
Paru dans Revue
& Corrigée n°24, Grenoble,
printemps 1995.
Résumé. A l’occasion de la première sortie sur CD de Weekend, « film sans images » de Walter Ruttman. La bande-bruits d’un film de cinéma peut-elle faire figure d’œuvre musicale concrète ?
Musiques pour les ombres électriques
Paru dans Revue
& Corrigée n°21, Grenoble,
hiver 1994.
Résumé. S’agit-il de de retrouver les conditions de réception de l’œuvre au moment de sa sortie, ou bien de créer un objet hybride, un collage post-moderne ? Mieux vaut faire une croix sur la première solution, et en ce qui concerne la seconde, on observe que seuls les films métafictionnels (ici, L’homme à la caméra et la série Koko le clown) en tirent quelque avantage.
L’art des bruits chez Jacques Tati
Paru dans la revue Focales n°2 : “Cinéma français des années
cinquante”, Pr. Univ. de Nancy, avril 1994.
Résumé. Jacques Tati prend des
libertés avec deux des règles fondamentales du cinéma classique : 1. la
fixation à l'avance d'un ordre hiérarchique dans les quantités d'informations
fournies au spectateur par les différentes matières de l'expression ; 2. le
recours au principe de la causalité pour faire avancer l'action à l'intérieur d'une scène
et pour articuler les scènes entre elles. L’article traite de la bande-son dans
Les vacances de M. Hulot et Mon oncle. Non seulement la bande-son, traditionnellement
"au service" de la bande-image, n'en apprend pas moins au spectateur
que cette dernière mais, en son sein même, la hiérarchie classique des matières
laisse place à une sorte d'"alternance démocra
tique". Une didactique
du bruit
comme “enfance de l’art” se fait jour dans ce traitement.
Espaces sonores et "nouveau spectateur"
Paru dans la revue Focales n°1 : ”Le spectateur de cinéma et de télévision”, Pr. Univ. de Nancy, octobre 1992. Illustré d’une photographie du Kinopanorama (Paris) écran déposé.
CD-ROM Universalis
Edition 2005 : Luc & Jean-Pierre Dardenne, DVD Encyclopædia Universalis édition 2005. PETITE
CINEMATHEQUE : Par ordre chronologique :